Résidus de pesticides : sommes-nous bien protégés?

Comment Santé Canada fait-il l’établissement des limites maximales de résidus de pesticides permises dans les aliments au regard de la protection des consommateurs?   

C’est sur cette question importante que Mme Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale de l’Université de Montréal et chercheuse au CHU Sainte-Justine, s’exprimait, lors d’une entrevue diffusée à Radio Canada, le 16 août 2019.  

De nouvelles données inquiétantes  

L’entrevue se déroulait dans le cadre d’une étude du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), qui révélait que 80 % des fraises cultivées au Québec contiendraient au moins un pesticide, et que, de ce nombre, 17 % contiendraient au moins cinq pesticides différents. Or, parmi ces pesticides, plusieurs seraient cancérigènes possibles ou probables.  

C’est dans ce contexte que Mme Bouchard nous faisait part d’un ensemble de constats qui nous donnent un éclairage pour mieux apprécier les tenants et aboutissants de ce sujet épineux toujours bien d’actualité.   

Validité et neutralité des études  

La chercheuse rappelait d’abord que les limites maximales de résidus (LMR) sont souvent basées sur de vieilles études qui ne font pas l’objet de mises à jour régulières et qui sont faites sur des animaux, ce qui peut mal refléter la réalité d’aujourd’hui pour l’être humain.  

De plus, presque toutes les LMR sont basées sur des données de toxicité fournies par l’industrie, ce qui indique un manque de validation par des acteurs indépendants liés au système de santé.  

L’effet cocktail  

Toujours dans cette entrevue menée en août 2019, Mme Bouchard soulevait le fait que la présence de plusieurs pesticides dans un aliment dont l’effet combiné n’est pas pris en compte dans l’établissement des LMR, même s’il s’agit d’un facteur de risque supplémentaire important.  

Par ailleurs, selon Mme Bouchard, les pesticides qui sont désignés avant tout pour leur toxicité font référence à des milliers de sortes de molécules différentes qui ne peuvent pas toutes être évaluées, ce qui diminue la qualité de l’appréciation du risque de certaines molécules plus toxiques.  

Des effets indésirables  

La professeure et chercheuse faisait également état d’une étude française récente où les animaux avaient été exposés à des concentrations toutes au-dessous des limites maximales de résidus permises. Or, les résultats de cette étude révèlent que les animaux de laboratoire ont réagi aux pesticides par des symptômes prédiabétiques et la prise de poids, même à faible dose.  

Cette information de Mme Bouchard, provenant des résultats d’une étude récente, peut nous mener à poser la question légitime qui demeure encore sans réponse: « Et qu’en est-il pour l’être humain? »  

En bio, on applique le principe de précaution   

Devant ces différents constats d’une experte dans le domaine, ne vaudrait-il pas mieux  penser à appliquer le principe de précaution dans notre alimentation face à l’usage de pesticides?   

C’est en tout cas le choix qui a été fait dans l’établissement des normes biologiques qui interdisent tout simplement l’utilisation des pesticides chimiques de synthèse, en misant sur le principe de précaution pour la prévention en santé et pour la qualité de l’environnement.   

Source : Radio-Canada, Première, le 16 août 2019